26 juin 1993
Roy Dupuis
«JE DÉCOUVRE UNE AUTRE PASSION»
Par Mario Fortier
En s’associant à la Fondation Mira, Roy Dupuis a relevé le défi de sensibiliser les Québécois et Québécoises à la cause des non-voyants. Il a accepté de nous parler de cette cause à laquelle il donne,
cette année encore, son temps et son énergie.
Réservé et peu friand des sorties publiques, il fallait que Roy
Dupuis croie profondément à une cause pour accepter d’y prêter son nom. Roy nous explique pourquoi la Fondation Mira lui tient tant à cœur.
Il faut vraiment que tu croies
en Mira, car, à moins que je ne me trompe, c’est la première fois que tu prêtes ton nom à une
cause.
C’est vrai. C’est sûr que plusieurs organismes m’approchent pour que j’épouse leur cause, mais le temps me manque pour endosser une cause à plein temps. Sauf que, quand
Pierre et Éric m’ont demandé de m’associer à la Fondation Mira à temps partiel, de participer à une de leurs campagnes de financement, j’ai
accepté sans hésitation.
Est-il déjà prévu que tu fasses
d’autres sorties publiques pour la fondation?
Pas pour l’instant. On m’appelle quand on a besoin de moi et j’y vais quand je le peux.
Tu n’es donc pas le porte-parole
officiel de Mira?
Non, et je ne veux pas le devenir non
plus.
Pourquoi?
Parce que
je ne suis ni très bon animateur ni vendeur. Je ne t’apprends rien en te disant que les sorties publiques, ce n’est pas mon passe-temps favori! (rires)
En quoi consiste plus précisément ta
participation à la Fondation Mira?
C’est d’être ici, de faire cette entrevue et de prêter
mon nom à certaines campagnes de financement.
Mais pourquoi
la Fondation Mira, au juste?
Pour plusieurs raisons, entre autres parce que j’aime beaucoup les chiens. On a toujours eu des chiens à la maison, dont des labradors, et j’en ai moi-même deux actuellement.
De quelle race?
Oh! Ce sont deux chiens de salon. Bâtards! Je ne veux pas avoir de gros chiens avant de m’installer à la
campagne.
C’est donc important pour toi d’avoir un chien dans ta
vie?
En tout cas, c’est un compagnon très fidèle. Le chien, c’est peut-être le seul être vivant que tu puisses vraiment connaître à fond. Un humain, on ne peut jamais jurer jusqu’où ira sa fidélité,
tandis qu’avec un chien le rapport est très simple, direct et franc. C’est donc évident que sa présence fait beaucoup de bien. C’est un compagnon unique.
À ce point-là?
Il
faut bien s’entendre. Une relation avec un autre être humain est intéressante parce qu’elle est complexe, alors qu’une relation avec un chien est intéressante parce qu’elle reste simple. Bref,
c’est le même intérêt, mais à un autre niveau.
Au fait, comment as-tu
découvert Mira?
Par l’entremise de Pierre Noiseux, mon premier agent, qui est aujourd’hui relationniste et responsable des projets spéciaux promotionnels pour la fondation. Il connaissait Éric Saint-Pierre, le
fondateur de Mira. D’ailleurs, si je me suis associé à la fondation, c’est non seulement parce que je connais Pierre et Éric depuis cinq ans et
qu’ils sont pour moi deux grands amis, mais aussi parce que je crois en ce qu’ils font. Le fruit de leurs efforts est très concert.
Tu aurais de la difficulté à t’associer à une cause dont tu ne
pourrais pas palper toi-même le fruit du travail accompli?
En quelque part, je suis un Thomas, mais je ne peux pas dire ça. En fait, si je me suis associé à Mira, c’est parce que je trouve que c’est une
cause belle, importante et positive.
Tu as été emballé par la vocation
de Mira dès que tu l’as découverte?
J’ai rencontré Éric avant de connaître la
fondation elle-même, et c’est d’abord lui qui m’a emballé. L’impact qu’il a dans notre société est considérable et, d’autre part, Éric a beaucoup de charisme. C’est un gars très intelligent, et
je trouve ce qu’il fait extraordinaire. Selon ce que j’en entends dire et en constatant moi-même ses réalisations, il est sans aucun doute un des cinq plus grands spécialistes du comportement
animal au monde. C’est un gars très inspirant et inspiré qui donne le goût de vivre à bien du monde. A moi aussi.
En quel sens?
Quand
je vois tout le bien qu’il fait pour tant de gens, ce bien ne peut que se répercuter sur moi aussi. Il n’y a rien de négatif en Éric. C’est un créateur, un innovateur; ses méthodes de travail et
sa façon de dresser les chiens – il fonctionne par récompense et non par punition – me plaisent.
Y a-t-il d’autres raisons pour
lesquelles tu as accepté de prêter ton nom à Mira?
Oui. Ma mère est professeur de piano
et, quand j’habitais encore chez mes parents, c’était toujours un aveugle qui venait accorder le piano une fois par année à la maison. Je le trouvais très spécial, très imagé. C’était un
spectacle chaque fois qu’il venait. Je m’installais dans le studio de ma mère et je le regardais, silencieux, faire son travail sans le quitter des yeux. De plus, c’était un monsieur très
sympathique et humainement très riche. D’ailleurs, j’ai retrouvé la même richesse chez les aveugles que j’ai rencontrés depuis que je participe à la Fondation Mira.
Quelle influence les non-voyants
ont-ils sur toi?
En quelque part, c’est fascinant de voir à quel point ces gens ont une force de vivre.
As-tu de la difficulté à comprendre comment ils arrivent à être
aussi intenses et positifs malgré leur handicap?
Non. Je pense que tout le monde a envie de vivre et quiconque a un handicap essaie de le surmonter d’une façon ou d’une autre. Instinctivement, il explore une autre facette de lui pour compenser.
Par contre, ça se ressent peut-être un peu plus chez les non-voyants. Juste en venant faire un tour chez Mira, je découvre une autre passion de
la vie.
Ils te ressemblent d’une certaine
manière, non?
C’est sûr que je mords moi aussi dedans du mieux que je peux. (sourire)
As-tu personnellement peur de perdre
la vue?
J’y pense parfois, mais sans plus. Comme tous les enfants, j’ai déjà joué à me bander les yeux. Aussi, au cours d’une leçon de théâtre, quand j’étudiais à l’École
nationale de Théâtre, j’ai eu à me mettre dans la peau d’un non-voyant. Laisse-moi te dire que c’est épeurant!
Vis-tu d’avantage dans le concret ou
dans l’imaginaire?
Je vis dans les deux. Je ne sais pas exactement où j’en suis dans ma démarche, mais je cherche à atteindre l’équilibre entre les deux. J’espère l’atteindre un
jour. Après tout, on tend tous vers le bonheur, non? Et le bonheur c’est, d’après moi, l’équilibre entre toutes les personnalités qui nous habitent.
Tu sembles fasciné par la connaissance de soi...
Evidemment, parce que je cherche la vérité.
La Vérité avec un grand
V?
Pas à ce point-là! (rires)
Te connaître toi-même, c’est ça, ton
but ultime?
Non. Je suis surtout mon envie, mon instinct et ma curiosité. C’est surtout ça qui me tient en vie. Mais je cherche quand même à me connaître moi-même le plus
possible.
Est-ce difficile?
C’est un mélange de plaisirs et de souffrances. Des fois, on s’aime, d’autres fois, on se hait. C’est normal.
Es-tu dur envers
toi-même?
Oui, mais pas au point d’être impitoyable. Il y a des jours où je me laisse le temps de respirer un peu.
As-tu l’impression de bien te connaître aujourd’hui?
Plus qu’avant.
Donc, tu es plus
heureux?
Disons que mes périodes de bonheur sont plus riches et mes périodes sombres plus sombres.
Autrement dit, tu es devenu plus
authentique, tu assumes davantage ce que tu es, ce que tu vis?
J’espère. Disons que je suis plus conscient qu’avant.
As-tu confiance en
toi?
Des fois, oui, d’autres fois, pas du tout. Ça dépend des circonstances, des situations et de mes états d’âme. Cependant, ce n’est pas parce que je n’ai pas confiance en moi
que je fais moins bien ce que j’ai à faire. Souvent, c’est même le contraire qui arrive. La peur nous pousse à avancer autant qu’elle peut nous paralyser.
Qu’est-ce qui te fait peur dans la
vie?
Moi; ce que je suis vraiment, jusqu’où je peux aller et où sont mes limites. Tout ce que je sais, c’est qu’il faut apprendre à s’aimer pour faire l’amour à la
vie.
Source:
Article Magazine 7 Jours
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