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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 20:15


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1995 jumelles-dionne




19 novembre 1994
 

Télévision  -  Les  jumelles  Dionne  à  CBS 


Par Paule des Rivières 
 


Rarement histoire aura-t-elle captivé à ce point l'opinion publique, à une époque où les médias de masse découvraient l'ivresse de leur pouvoir. Nous sommes en 1934, dans un bled déprimé du nord de l'Ontario. Une mère de 25 ans qui a déjà cinq enfants met au monde cinq minuscules filles, identiques, pesant à peine deux livres chacune. En moins de deux, les quintuplées Dionne devinrent les enfants les plus célèbres au monde. Les curieux se déplaçaient par milliers pour voir Annette, Marie, Yvonne, Émilie et Cécile, enlevées à leurs parents, placées dans une maison-hôpital et transformées en bêtes de cirque.
 

La tragique histoire des quintuplées est racontée dans une minisérie en deux épisodes, qui débute demain soir sur les ondes de CBC et de CBS à 21h. Cinar, de Montréal, est co-producteur de la série, avec le producteur torontois Bernard Zuckerman. Suzette Couture, de Toronto, a écrit le scénario. Elle a «inventé» une journaliste new-yorkaise cynique et sans scrupules (jouée par Kate Nelligan), qui illustre la désastreuse influence des médias, qui avaient besoin, en cette époque de grande dépression, de héros et de méchants.
 

Le réseau américain CBS a rapidement accepté de se joindre au projet, en posant comme exigence principale qu'un comédien américain ait un rôle important, et en demandant d'approuver le nom du réalisateur. Ce dernier, Christian Duguay, est déjà connu aux Etats-Unis, et il n'y eut pas de débat autour de son nom.


CBS a choisi d'envoyer Beau Bridges à Montréal, où la série a été tournée. Il incarne le docteur Roy Dafoe, qui mit les enfants au monde, en obtint rapidement la tutelle, et devint, avec l'aide des médias et du gouvernement ontarien, une célébrité et un homme très riche.
 

Une  infinie  tristesse
 

L'entente avec CBS apporte des préventes intéressantes et beaucoup d'argent à la production. Près de 10 millions de dollars pour moins de quatre heures, ce n’est pas de la tarte. Et l'argent se voit à l'écran. Les décors ne sont pas en carton et les figurants ne se comptent plus. Aucun détail n'a été négligé pour bien camper l'époque.
 

Et surtout, les comédiens sont excellents, à commencer par Roy Dupuis, dont on serait tenté de dire qu'il articule mieux en anglais qu'en français. Le comédien rend très bien la transformation que subit son personnage au fil des neuf premières années de vie des quintuplées.
 

Dupuis est le père des quintuplées, un père dépassé par les événements qui perd la garde des filles lorsqu'il veut montrer ses filles à l'Exposition universelle de Chicago. La série met à jour les intérêts politiques qui se cachent derrière le départ des filles de la maison, sur fond d'effarante manipulation médiatique. Mais le téléfilm - comme le veut le genre - joue avant tout sur les émotions, les vôtres.


Il faut dire que l'histoire est d'une infinie tristesse, révoltante. Elle l'est encore plus lorsque l'on sait que les trois soeurs toujours vivantes, Annette, Cécile et Yvonne, ont été forcées récemment de lever le voile sur leur intimité pour garnir leurs coffres à sec. Elles ont notamment donné une entrevue au National Enquirer, en juin dernier, moyennant une somme que le magazine Saturday Night établit à 13.000 $.


Les trois soeurs, qui vivent à Saint-Bruno, ont lu et approuvé le scénario de Million Dollar Babies. Et demandé qu'on les paie pour l'utilisation de leur vie privée. Une entente fut conclue, qui leur assura une somme d'argent. En revanche, on leur demanda de jouer le jeu de la promotion, auquel elles ont systématiquement refusé de se prêter pendant les 30 dernières années. Elles se sont notamment rendues sur les lieux du tournage cet été pour la préparation du «making of» de la minisérie. Et cette semaine, elles donnent une entrevue à la revue Maclean's.
 

Si, 60 ans après leur naissance, elles se battent encore pour récupérer les sommes qui, estiment-elles, leur sont dues, en 1941, à sept ans, elles valaient un million de dollar. L'argent provenait des innombrables produits que les quintuplées ont contribué à faire vendre et aussi de leurs deux «parades» quotidiennes devant les curieux qui se pressaient pour les voir. Le gouvernement ontarien, qui était en charge de la tutelle des soeurs, se graissa généreusement la patte.
 

Un  gros  marché
 

Pour tourner la série, le producteur a commandé à une firme britannique cinq petites bébés prosthétiques, sorte de robots en latex jouant les nouveaux-nés. Plus vrais que vrais. Il était clair dès le départ que les établissements de santé ne laisseraient pas les caméras perturber la routine de bébés prématurés. L'équipe a également déniché deux groupes de triplées, un du Maryland, l'autre de la région d'Ottawa. Les six filles se ressemblent et un passage chez le coiffeur et le maquilleur a accentué ou caché les différences.
 

La série a été tournée exclusivement en anglais, même si plusieurs personnages sont, dans l'histoire, de langue française. Il aurait été beaucoup trop coûteux, estime la productrice de Cinar, Micheline Charest, de tourner dans les deux langues. Les producteurs ont aussi brièvement envisagé de faire parler les Français en français et les Anglais en anglais. «Mais nous n'aurions eu ni le marché américain ni les revenus qui lui sont attachés et qui, ne l'oublions pas, représentent 50% des revenus mondiaux», souligne Mme Charest. Elle est par ailleurs fière du fait que l'accent de tous les comédiens québécois a été accepté tel quel par les Américains. «Ce ne fut pas une bataille et il ne fut jamais question de les doubler».


La version française sera présentée à Radio-Canada à l'automne. Il avait été question, à un moment, de la présenter simultanément à l'originale, au printemps, mais CBS, soucieux de ses cotes en période de sondages sur les cotes d'écoute, a demandé que la série soit présentée dès novembre.
 

Pour Mme Charest, la présentation de Million Dollar Babies est l'aboutissement d'une démarche entreprise il y a sept ans, lorsqu'elle a acheté les droits du livre Time of Their Lives: The Dionne Tragedy, de John Nihmey et Stuart Foxman. «J'avais senti que le potentiel était sans limite».
 

Une chose est certaine, la minisérie replacera les soeurs Dionne sous les feux des médias et relancera de douloureuses querelles: les autres membres de la famille Dionne déclarent cette semaine à la revue Maclean's qu'ils bondiront si l'image de leur père, qu'ils estiment déjà profondément massacrée, n'est pas réhabilitée dans Million Dollar Babies.
 

Mme Charest a beau dire que la minisérie n'est pas scrupuleusement fidèle à la réalité, ses assurances n'atténueront pas les passions.
 


Source:
Archives Le Devoir - www.ledevoir.com
 



 

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