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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 17:48


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Mai 2002



Rencontre  avec  Roy  Dupuis 
Cow-boy  urbain


Par Georges Privet  



Roy Dupuis a réussi à dompter sa propre fougue et son tempérament sauvage. Le voici presque serein, à la croisée des chemins...
 
 

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«S'il y a une chose que je déteste, c'est bien parler de moi», m'annonce Roy Dupuis en riant, alors qu'il s'assoit dans le salon de l'agence qui le représente, un lieu assez familier pour qu'il s'y sente à l'aise, mais suffisamment neutre pour qu'il ne révèle rien de lui. Bref, un no man's land idéal pour une star qui peut désormais difficilement sortir en public, protège soigneusement ce qui lui reste de vie privée et aborde chaque entrevue comme s'il s'agissait de traverser un champ de mines.



L'entrée en matière ne me surprend pas, car je sais déjà, pour l'avoir interviewé il y a 10 ans, que l'acteur rencontre la presse à reculons, parce qu'il le faut bien. Ouvert mais prudent, franc mais discret, Roy Dupuis est une montagne de contradictions qui semble pourtant évoluer harmonieusement. Reste qu'il est fascinant de se pencher sur ce qui a changé (et ce qui n'a pas changé) chez lui pendant ces 10 années...
 

Apprivoiser  la  célébrité
 

En 1992, Roy était (avec Marina Orsini) l'une des deux révélations des Filles de Caleb, une série bien de chez nous suivie par 80% des spectateurs québécois; un jeune acteur de 29 ans, un peu dépassé par sa popularité croissante, qui parlait si peu, si bas et si lentement qu'on avait l'impression en l'interviewant d'interroger l'esprit d'un défunt.


En 2002, Roy est (avec Peta Wilson) l'une des deux stars de Nikita, une série canado-américaine diffusée dans pas moins de 52 pays; une vedette établie de 39 ans qui vit sereinement sa notoriété, ne mâche plus ses mots ni ses idées, et sait précisément ce qu'il veut dire et... ce qu'il préfère taire. «Disons que tu m'as rencontré à un moment où je découvrais la célébrité, dit-il en souriant, mais où je découvrais aussi "la foire". Être connu, c'était le fun au début, mais c'est vite devenu difficile à vivre sur le plan des relations personnelles, du night life... Alors, je me suis dit à un moment donné: "Essaie donc autre chose..." Et c'est ce que j'ai fait.»


Roy nous revient donc aujourd'hui à la fois semblable et différent de l'homme qu'il était. Semblable, parce qu'il a toujours le charisme animal, la présence fauve, le mélange de grâce, de talent et de force brute qui en a amené plusieurs à voir en lui une sorte de Marlon Brando québécois. Mais il est aussi différent, parce qu'il a cessé de boire depuis six ans, a la même blonde depuis sept, est en psychanalyse depuis cinq, et a finalement trouvé la maison dont il rêvait déjà il y a 10 ans. En somme parce que le terrien vagabond qu'il a toujours été semble enfin vouloir s'enraciner. «Cette maison, c'est une de mes grandes passions, déclare-t-il fièrement. Je veux y élever des enfants et qu'elle leur appartienne après ma mort pour qu'ils se souviennent d'où je venais et d'où ils sont venus...»
 

L'Abitibi  puis  le  monde
 

L'histoire de Roy Dupuis, l'ascension quasi mythique du p'tit gars d'Amos qui a conquis le monde, a pris au fil des ans et des articles l'allure d'une histoire apprise par coeur et reprise en choeur, dont les détails varient peu ou prou, comme ceux d'un conte de fées mille fois raconté: sa naissance, le 21 avril 1963, en Abitibi, au sein d'une famille dont le père (également prénommé Roy) était commis voyageur pour Canada Packers et la mère, Rina, donnait des leçons de piano; sa jeunesse d'élève modèle et d'athlète complet, passée entre sa soeur aînée, Roxanne, et son frère cadet, Roderick, à exceller au hockey, en natation et même au violoncelle; le déménagement de la famille à Kapuskasing, en Ontario, alors qu'il avait 11 ans, puis le divorce des parents trois ans plus tard qui a mené mère et enfants à s'installer en banlieue de Montréal; le début de sa passion pour le théâtre, au moment où il voit le film Molière, d'Ariane Mnouchkine; et son entrée accidentelle à l'École Nationale de Théâtre, après qu'il eut impressionné la directrice en remplaçant (par hasard) l'ami d'une copine à une audition. «Ma carrière, c'est une suite de hasards, explique-t-il. Si mes parents n'avaient pas divorcé, si je n'étais pas parti de Kapuskasing et si je n'avais jamais vu Molière, je serais peut-être un joueur de hockey aujourd'hui...»
 


Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que la découverte de la ville a été pour ce garçon d'Abitibi un choc encore plus grand que la révélation du théâtre et du cinéma. «Il faut savoir que je suis resté à Amos jusqu'à l'âge de 11 ans. Et quand ça fait 11 ans que tu restes dans une ville de 12.000 habitants, tu commences à connaître tout le monde et tout le monde finit par te connaître. Ton rapport avec les gens n'est plus le même que si tu habites la ville, parce que tu sais que si tu fais du mal à quelqu'un, y en a une méchante gang qui va le savoir! (rires) Et ça a du bon; ça te donne une bonne base dans la vie. Sauf que, quand t'as 14 ans et que t'arrives finalement en ville, c'est incroyable l'impression de liberté que tu ressens tout à coup! Du jour au lendemain, je me suis retrouvé à rencontrer des gens et à me dire: "Je ne reverrai probablement jamais cette personne-là. Je peux lui dire ce que je veux!" (rires) J'en revenais pas quand j'ai découvert qu'on pouvait mettre 20 cennes dans un autobus et faire 20 kilomètres, puis en mettre 20 autres et traverser l'Île de Montréal. Et voir toutes ces églises, toutes ces boutiques, tous ces bars...»
 


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La  liberté  de  choisir
 

Ironiquement, c'est justement le succès dont il avait rêvé qui a mis fin à cette période de liberté totale. «Le lendemain de la première des Filles de Caleb, j'ai compris en allant chercher mon pain que je n'aurais plus jamais la même vie. Là, d'un seul coup, j'avais le sentiment d'être revenu à Amos et d'avoir encore 11 ans!» (rires)


La boutade révèle toute l'ironie de la situation: celle d'un homme qui aimait par-dessus tout la liberté que lui procurait l'anonymat et qui se retrouve aujourd'hui prisonnier de la célébrité. On a souvent dit de Roy Dupuis qu'il était sauvage, et ce n'est pas faux. Mais le rencontrer, c'est réaliser qu'être «sauvage», ça ne veut pas dire seulement être fougueux et indomptable, mais aussi, paradoxalement, être farouche et craintif. «Quand je veux partir en voyage, je regarde la liste des pays où Nikita est diffusée et je m'arrange pour ne pas y aller, lance-t-il en riant. Récemment, je suis allé en Turquie avec ma blonde et ç'a été le fun parce que je ne suis pas connu là-bas.»
 

S'il vient de remonter la Côte-Nord («jusqu'à Anticosti») avec sa compagne et de longer la côte Est canadienne («pour faire le tour des fabricants de voiliers»), il passe désormais le plus clair de son temps chez lui, près de la frontière américaine, dans cette maison de ferme, construite en 1840, retraite paisible où il se voit vieillir.
 

De fait, on a l'impression que l'expérience de Nikita, qui s'est étalée sur cinq ans et l'a forcé à faire la navette entre l'Ontario et le Québec, l'a poussé à regarder ses choix de plus près et à redéfinir ses priorités. «Après Nikita, je me suis remis en question. J'avoue que j'ai trouvé ça long. Pas à cause du projet lui-même, mais parce que ça se faisait loin de chez moi. Puis il y a le fait que ma blonde travaillait ici. Ça a un peu compliqué les choses.»


Ajoutez le décès de son père et celui de sa grand-mère (âgée de 104 ans!), tous deux survenus en décembre 2000, et vous avez le portrait d'un homme qui était prêt à rentrer chez lui et à se rappeler au souvenir des siens.


Roy s'est-il ennuyé du Québec? «Dans un certain sens, oui. Aujourd'hui, je pense qu'il n'y a rien qui peut m'allumer autant que l'écriture d'ici, que la réalité d'ici, que les gens d'ici...» 


À preuve, il nous est revenu après cinq ans d'absence avec deux projets québécois: la série Le Dernier Chapitre, dans laquelle il campe Ross Desbiens, un riche biker qui cherche à s'éloigner de la violence du monde des motards criminalisés; et Un Homme et son Péché, un long métrage qui sortira à Noël dans lequel il incarne le bel Alexis, celui qui tombera dans l'oeil de la tendre Donalda et s'attirera les foudres du vieux Séraphin Poudrier. Deux projets on ne peut plus différents qui reflètent les deux pôles de sa personnalité: le Roy des villes, avec son blouson de cuir, sa Harley et sa réputation de fauve urbain; et le Roy des champs, avec son amour des choses vraies, son besoin de racines et ses rêves de campagne tranquille.
 

«C'est effectivement deux mondes que je connais. Quand j'ai lu le scénario du Dernier Chapitre, avec ses histoires de drogue et de motards, ça m'a parlé tout de suite. Et dans Un Homme et son Péché, j'ai eu l'impression de redécouvrir quelque chose d'essentiel, de fort, de basic...»
 

Créatif  et  instinctif
 

On est pourtant loin du théâtre expérimental ou des films un peu plus risqués qui ont permis à Roy de s'imposer. On pense entre autres aux pièces Le Chien et True West, au long métrage Being at Home with Claude... S'ennuie-t-il du théâtre, du cinéma d'auteur, d'oeuvres un peu plus sombres et audacieuses?


«C'est sûr que je m'ennuie des planches. Passer du théâtre au cinéma ou à la télévision, c'est un peu comme passer d'un gros gâteau au chocolat à une diète de biscuits soda. (rires) Enfin, j'exagère, mais c'est vrai que ça me manque. Et j'aimerais bien faire des films d'auteur. Mais on dirait qu'il existe un phénomène très particulier de "kétainisation" au Québec, qui fait que certains créateurs ne t'appellent plus quand ils voient ta photo dans des magazines populaires. Et ça, ça m'a collé à la peau dès Les Filles de Caleb, même si j'ai fait Being at Home tout de suite après. Un de mes anciens chums qui fait du cinéma m'a dit à un moment donné: "Pourquoi t'en fais pas du cinéma d'auteur?" Je lui ai répondu: "J'en chie pas, moé, des films d'auteur! Appelez-moi, puis j' vais en faire!» (rires)
 

Alors que l'entrevue touche à sa fin, je demande à Roy ce qu'il considère comme sa plus grande force et sa plus grande faiblesse. La réponse ne se fait pas attendre: «Je ne le sais pas et je ne veux pas le savoir!» Quelques secondes plus tard, il revient sur la question et y répond d'une manière très révélatrice. «En fait, il y a une bonne raison pour laquelle je ne veux pas le savoir. Avant d'entrer à l'École Nationale de Théâtre, il m'arrivait souvent de chanter. À l'École, on m'a appris à le faire. Et depuis ce temps-là, je ne suis absolument plus capable de chanter.» 
Un ange passe. «Alors je me dis que je suis un être instinctif, qu'il y a des choses qu'il vaut mieux que je ne sache pas, des questions qu'il vaut mieux que je ne me pose pas.»
 

Tandis que je ramasse mes affaires et qu'il me raccompagne au dehors, Roy semble soudainement se détendre, comme si le fait de m'avoir vu ranger mon magnétophone l'avait débarrassé d'un fardeau. Il se met à me parler librement des films qu'il voit en série pour rattraper son retard depuis la fin de Nikita (il vient de découvrir Dancer in the Dark, qu'il a adoré); de ses parties de hockey, sport auquel il s'est enfin remis; des documentaires («la seule chose que je regarde à la télé...») qu'il rêve de réaliser; de la salle de montage qu'il a fait construire chez lui; des mille et une choses qu'il vient de passer pendant une heure et demie à s'empêcher de me parler. Puis il me laisse, souriant et soulagé, pour retourner à un monde où il n'a pas à fuir le regard du public et les questions des journalistes, et où il vit en roi anonyme d'une terre sans nom. Sauvage et libre.
 


Source:
Article Magazine Elle Québec



 

 

 

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Published by TeamRDE - dans Rencontres et entrevues

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