Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 19:00


Chers visiteurs,

Pour une consultation facile et rapide, je vous invite à naviguer par la page
PLAN  DU  SITE.

Pour recevoir les derniers articles mis en ligne, pensez aussi à vous abonner à la Newsletter.


 
2007/09 - Roy Dupuis / À jamais hanté par le tournage

 

26 septembre 2007
 

À  jamais  hanté  par  le  tournage
 

Par Valérie Lessard
 


«Je n'écoute plus les nouvelles de la même oreille, décrète Roy Dupuis. Quand on y parle de l'Afrique, ce n'est plus seulement de l'information intellectuelle. Il y a aujourd'hui un lien affectif et j'y tiens, à ce lien, puisque c'est à ça que tient la vie: en savoir plus sur le monde qui nous entoure et sur qui on est soi-même. Et, qu'on le veuille ou non, le Rwanda fait partie de notre histoire.»
 

À quelques heures de la première montréalaise d'hier et à deux jours de la sortie en salles de J'ai serré la main du diable, le long métrage basé sur le livre du général Roméo Dallaire sur le génocide rwandais et «la faillite de l'humanité» face à ce pays africain, Roy Dupuis se dit à jamais hanté par le tournage de ce film. «C'est un film qui m'habitera pour toujours. J'espère sincèrement retourner au Rwanda et ailleurs en Afrique. C'était la première fois que j'allais en Afrique et j'en suis revenu bien plus conscient des inégalités sur la planète, sur le gaspillage, l'égoïsme de l'Occident et des autres grandes puissances», soutient-il, entre deux bouffées audibles de cigarette, à l'autre bout du fil.
 

Des  scènes  difficiles  à  tourner
 

Certaines scènes ont été particulièrement dures à tourner, pas tant à cause de la violence montrée qu'à cause de la charge émotive qui s'en dégageait. Roy Dupuis se souvient notamment des prises qui ont été nécessaires pour cette scène où le général Dallaire doit déplacer des corps et diriger son convoi de véhicules à travers eux dans une rue de Kigali.
 

«La première prise, ç'a bien été. Après ça, j'ai été m'accoter sur la jeep pendant que les figurants se replaçaient pour la prochaine prise. J'ai alors vu des Rwandais vivants se recoucher par terre, en sang, pour jouer des morts... Il y avait quelque chose d'absurde et de profondément noble à la fois dans tout ça. J'ai vraiment craqué, à ce moment-là», confie le comédien.
 

Roy Dupuis l'avoue: il a parfois douté de parvenir à terminer le tournage de J'ai serré la main du diable. «Ç'a été un tournage particulier pour moi, dans le sens que je ne pouvais pas quitter cet univers. Je me couchais puis me levais plongé dans l'horreur de ce qui était arrivé là, en 1994. Ç'a été très, très rough et je me suis quelques fois demandé si j'allais réussir à me rendre au bout. Dans ces moments-là, je pensais au général. Il m'avait dit, avant que je parte, de l'appeler si j'avais besoin de lui, qu'il viendrait au Rwanda. Je n'ai pas voulu le faire, mais c'est carrément lui, de loin et à cause de tout ce qu'il m'avait raconté avant que je parte, qui m'a donné le courage de continuer», précise-t-il.
 

L'acteur a d'ailleurs tenu à inclure une scène troublante au cours de laquelle, après avoir découvert sous un pont, dans l'eau, les corps de victimes, le général pleure sans bruit. «C'était la première fois que je voyais un homme pleurer sans s'en rendre compte, ou sans en tenir compte, relate Roy Dupuis à propos de ses rencontres avec le général Dallaire. Les larmes coulaient sur ses joues, et lui, il continuait à parler, sans un trémolo dans la voix. Au Rwanda, il ne pouvait pas casser devant ses hommes, mais je peux croire qu'il l'ait fait dans un moment comme celui-là, seul sur ce pont. Je n'étais pas sûr de réussir à pleurer comme lui, parce que d'habitude, moi, quand je braille, je grimace... Mais c'est sorti...»
 

Mais pour devenir le général, à l'écran, «la moustache ne suffit pas!» lance le comédien. D'ailleurs, comme pour Maurice Richard, il n'était pas question pour lui d'imiter Roméo Dallaire. «Je suis parti de ce qu'il est pour m'imprégner de lui. C'est un homme complètement ouvert sur les autres, qui regarde tout le monde dans les yeux, qui respecte tous les gens qu'il croise. Même sa gestuelle révèle cette ouverture. Comme pour Maurice, j'ai voulu absorber son énergie, la sentir pour ensuite l'intellectualiser pour la jouer.»
 

Deux  héros  malgré  eux:  Richard  et  Dallaire
 

Bien qu'ils aient évolué dans des mondes totalement différents, Roy Dupuis reconnaît qu'il existe de nombreux parallèles entre ces deux hommes, devenus malgré eux des héros. «Ils partagent une même intégrité, et ils n'ont jamais abdiqué face à l'adversité. Tous les deux ont été confrontés à des forces plus grandes que celles d'un seul individu. Cela dit, il y a une très importante différence entre eux: Maurice a été porté par le peuple, alors que le général Dallaire a été abandonné par les siens. Je ne crois pas qu'il existe quelque chose de plus douloureux que ça, dans la vie d'un homme. Parce que pour Roméo Dallaire, être général représentait bien plus qu'une job. C'était une véritable vocation, dans le sens le plus noble du terme. C'était sa vie. C'est en comprenant ça que j'ai pu saisir toute la portée de son geste, quand il a délibérément choisi de désobéir à ses supérieurs.»
 

Trois  bonnes  raisons  pour  tourner  ce  film
 

Pour Roy Dupuis, il existe au moins trois bonnes raisons pour expliquer pourquoi il tenait à tourner J'ai serré la main du diable. La première, mentionne-t-il, c'est que l'histoire du général Dallaire demeure très actuelle, notamment à cause de la situation intolérable au Darfour, entre autres.
 

«Ce film explique aussi comment fonctionne l'Organisation des Nations unies (ONU) et comment les gouvernements y transigent pour leurs propres intérêts. Dans l'état actuel du monde, je crois que c'est important que les gens sachent ça. En tout cas, pour ma part, j'ai beaucoup appris là-dessus, en préparant et en tournant ce film», souligne-t-il.
 

La troisième s'avère sans contredit le général Roméo Dallaire lui-même. «Cet homme-là pourrait être l'humain le plus pessimiste sur terre, mais il s'avère plutôt quelqu'un de positif. Pour moi, il est un exemple à suivre.»
 

De l'avis de Roy Dupuis, ce long métrage de Roger Spottiswoode, qui arrive après Hôtel Rwanda et Un Dimanche à Kigali, entre autres, «explique tous les autres films». «C'est un film pour nous, les Occidentaux, pas pour ni sur les Rwandais. Il rend compte de notre défaite humaine, en donnant beaucoup d'information sur les mécanismes qui ont mené à un génocide d'une telle ampleur. C'est pour ça que je n'ai jamais senti qu'on utilisait la souffrance des Rwandais pour faire un film.»
 



Source:
Le Droit





 

Partager cet article

Repost 0
Published by TeamRDE - dans Shake Hands with the Devil