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2013/02 - «Cyanure» / Fantasmes dans un jardin


26 février 2013

 

Séverine  Cornamusaz,  fantasmes  dans  un  jardin

 

Par Norbert Creutz

 


Trois ans après «Cœur animal», la Vaudoise revient avec un épatant «Cyanure». Rencontre avec une cinéaste sans calcul.


 

 

 

 

Comment transformer l’essai après un premier film réussi? Après Cœur animal, Quartz du meilleur film suisse en 2010 et sélectionné dans une trentaine de festivals, Séverine Cornamusaz aurait pu paniquer. Elle a préféré foncer. Même si Cyanure a connu les vicissitudes habituelles aux fictions de ce pays, à l’arrivée, c’est un film qui fait plaisir à voir par son énergie et son audace. Pas plus «film de festivals» que produit commercial à la zurichoise, ce deuxième opus ressemble presque plus à un premier que son adaptation (même très libre) du roman Rapport aux bêtes de Noëlle Revaz.

 

Le Temps: Est-ce que vous avez connu une période de doute après l’excellent accueil fait à «Cœur animal»?

 

Séverine Cornamusaz: Pas vraiment, en fait. J’ai eu la chance d’avoir écrit le sujet de Cyanure avant même la sortie de Cœur animal, qui n’a pas été un succès en salles mais a connu une carrière incroyable en festivals. Après avoir consacré des années à ce quasi-huis clos très dur, j’avais ressenti le besoin de m’amuser un peu. À ce moment, j’étais encore vierge par rapport aux réalités du marché. Et, autant la première fois je n’avais pas mesuré la difficulté d’adapter un livre inadaptable, autant cette fois j’ai fait preuve de naïveté à ne pas vouloir censurer mon imagination.

 

– Un personnage masculin un peu fruste, ici un voyou, et l’amour vache qui va avec créent un lien…

 

– C’est vrai, je suis attirée par ce type de personnages, inadaptés à la vie en société. Ce qui n’empêche pas une certaine complexité. Joe a plus de panache, il est beau, il a son «gun». On peut comprendre qu’il suscite une passion. En face, Pénélope vit aussi au jour le jour, sans projet, même si elle a compris la souffrance qui vient avec. Mais cette fois, le récit est centré sur leur fils, un adolescent.

 

– Les quelques similitudes avec «L’Enfant d’en haut» d’Ursula Meier relèvent bien sûr du hasard?

 

– J’ai trouvé l’inspiration bien avant sa sortie, dans un livre de photos sur les prisons en Belgique. J’avais été frappée par l’image d’un multirécidiviste, accompagnée d’une légende racontant qu’il s’était fait apporter par son fils une dose de cyanure. Ne restait plus qu’à imaginer comment ils en étaient arrivés là! Dans mes recherches, j’ai été frappée par comment les familles vivent la prison à l’extérieur. C’est très lourd, pour la compagne ou les enfants – d’où cette mère qui élève seule son fils. Mais la tonalité est devenue celle d’une tragicomédie.

 

– L’ouverture du film installe tout de suite une dimension imaginaire…

 

– L’idée de traiter leur vie d’avant en forme de fantasme du garçon a entraîné un vrai challenge sur le plan de la narration. Je pouvais me situer sur plusieurs plans de réalité, même changer de style d’une scène imaginaire à l’autre, vu les multiples influences que subissent les ados d’aujourd’hui. C’est ce qui donne au film sa tonalité pop, mais aussi ce qui a rendu le tournage si ardu. La séquence d’ouverture, de 3 minutes 30, a pris à elle seule une semaine de tournage!

 

– Ce plaisir d’écriture, on le retrouve dans la mise en scène, plus riche et travaillée que la moyenne…

 

– Merci, mais ça me paraît normal. Je viens de l’image, j’ai fait l’école de photo de Vevey, et des stages à New York et en Pologne m’ont amené une certaine rigueur. Je pense en termes visuels, je cherche toujours le cadrage juste. Je réfléchis aux différentes valeurs de plan, aux attaques de scènes et aux enchaînements. J’ai même suivi des ateliers pour apprendre à tourner une scène érotique et des cascades! L’obstacle, c’est le budget. Je ne vous dis pas toutes les pressions pour me faire renoncer à certaines idées trop «baroques»… Mais je ne voulais surtout pas d’un téléfilm tiède, alors j’ai bataillé ferme. Je suis une teigneuse, je ne lâche pas. D’où un tournage marathon, à raison de trois-quatre scènes par jour. Une folie!

 

– Au vu du résultat, les comédiens ont l’air d’avoir apprécié. Comment les avez-vous choisis?

 

– Le processus a été compliqué par une coproduction française. Quand elle a capoté, tout s’est éclairci. La Bernoise Sabine Timoteo est depuis dix ans l’une de nos meilleures actrices, avec une belle carrière en Allemagne. Mais personne n’avait songé à la faire jouer en français, qu’elle parle couramment! C’est quelqu’un qui travaille sans filet, elle a mon âge et elle affirme s’être inspirée de moi… 


Roy Dupuis, lui, est une immense star au Canada, où il a fait rêver toute une génération de filles! Il avait cette sorte d’arrogance physique, ce côté cow-boy américain que je cherchais. En même temps, il est d’un professionnalisme incroyable, hyper-conscient de la caméra et de ses effets – sans jamais chercher à rendre le personnage plus intelligent. Pour finir, c’est grâce à lui qu’on a obtenu une coproduction canadienne, concrétisée par une postproduction faite là-bas.

 

– Et le garçon, lui aussi formidable?

 

– Je l’ai trouvé à travers un casting. Il est Genevois et n’avait encore jamais joué en dehors de son école. Mais il faut savoir qu’on ne trouve jamais le personnage tel quel. Le rôle demandait par exemple une rage qu’il n’avait pas. D’où un gros travail de préparation, pour lequel j’ai eu la chance de pouvoir compter sur une coach extraordinaire, la Française Véronique Ruggia.

 

– En deux films, vous avez construit un paysage intime très varié, malgré les limites géographiques…

 

– Je suis chez moi entre Chablais et Riviera. Une région d’une richesse étonnante si l’on sait vraiment regarder, entre les montagnes majestueuses et une urbanisation étrange, avec des coins de nature intacts. Il n’y a que la prison qu’il a fallu chercher en France, du côté de Lyon. Avec en plus les différences culturelles de l’équipe, qui ont produit une hybridation intéressante, je ne pense vraiment pas que le film souffre d’un manque de diversité. A Soleure, le public s’est en tout cas montré très réceptif. 

 


Source:

http://www.letemps.ch

 

 

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Published by TeamRDE - dans Cyanure

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