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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 16:44


27 janvier 2007

ROY  DUPUIS
À  la  défense  de  Mère  nature



 


Par David Patry



À l’image des rivières qu’il protège, Roy Dupuis est une force tranquille. D’ordinaire peu bavard, l’homme s’est ouvert et a accepté de dévoiler humblement sa philosophie de vie, empruntée à la sagesse des peuples autochtones, qui l’inspire et lui donne l’énergie de continuer son combat en faveur de l’environnement.


Né en Ontario, Roy Dupuis a grandi à Amos, en Abitibi, berceau de la rivière Harricana. Il y a habité jusqu’à l’âge de douze ans. En traversant un boisé, il pouvait se rendre à pied dans le village voisin de Pikogan, un hameau algonquin. Dans sa tendre enfance, il a donc développé un lien particulier avec les rivières et avec les Premières Nations.


Mais ce n’est que plus tard que ces liens se sont concrétisés. Approché par l’organisme
«Adoptez une rivière» pour son statut de vedette et sa visibilité auprès des médias, Roy Dupuis a commencé à s’informer et à parler à des spécialistes de la question environnementale et énergétique. «J’ai appris beaucoup, et je me suis dit que la meilleure façon de faire entendre ces gens-là, c’était de m’impliquer encore davantage», dit-il. C’est ainsi qu’il est devenu cofondateur de la Fondation Rivières. Certaines personnes ont critiqué son implication, prétextant qu’il prêtait son image à une cause et empêchait ainsi d’aller de l’avant avec des projets dont le Québec «ne peut pas se passer».


Mais Roy Dupuis a fait ses devoirs. Son implication dépasse le prêt de son image et de sa voix auprès du public. Lorsqu’il parle des rivières, il cite des spécialistes. Il assure aussi rester à l’écoute des arguments de ceux qui font la promotion des projets hydroélectriques. «Mais personne n’a encore réussi à me convaincre», atteste-t-il.
 

Une  culture  méconnue
 

Dans son combat, il a effectué des visites dans des villages amérindiens, notamment chez les Cris. Ce qu’il a appris sur leurs croyances et leur mode de vie l’a impressionné. La méconnaissance que les Québécois entretiennent envers les Premières Nations l’a frappé en plein visage. «On paie des billets d’avion pour aller voir d’autres civilisations à l’autre bout du monde, alors qu’il y en a une juste à côté de nous», remarque Roy Dupuis.
 

L’homme n’a eu aucune difficulté à s’identifier à la philosophie de vie des peuples autochtones. À commencer par leur relation avec la nature qui se résume en une phrase: on n’hérite pas la terre de ses ancêtres, on l’emprunte plutôt à nos enfants. 
«C’est fort, quand on y pense. Nous on croit qu’on hérite de la terre, mais c’est une illusion qu’on se fait, et on y croit. Qu’on l’emprunte, ça veut dire qu’elle ne nous appartient pas, qu’elle appartient aux générations futures. Et tout ce qu’on fait a une incidence dans le futur», souligne-t-il.
 

Une      philosophie
 

C’est cette pensée que Roy Dupuis garde en tête lorsqu’il se bat pour sauvegarder les rivières du Québec. Plus qu’un simple combat ponctuel, il pense que c’est toute notre façon de penser qu’il faut changer. Notre philosophie aurait avantage à s’inspirer de la sagesse amérindienne. «Trop souvent, on dissocie l’homme de la nature. On parle souvent du combat de l’homme contre la nature, de l’homme qui modifie son habitat. Alors qu’en fait, on fait partie de la nature. Tant qu’on n’arrivera pas à respecter la nature, on ne se respectera pas nous-mêmes», insiste-t-il.
 

Changer  les      choses
 

Pour changer les choses, Roy Dupuis avance une solution originale. Pourquoi ne pas instaurer une période dédiée au retour à la nature dans notre système scolaire? «Les jeunes pourraient passer une semaine en nature, mais pas dans les Laurentides, une semaine sur une rivière vierge, s’il en existe encore, pour apprendre ce que vivaient nos ancêtres et voir ce que ça signifie vivre dans la nature à l’état sauvage.» D’après Roy Dupuis, au contact d’une rivière qui coule tranquillement, en communiant avec la nature, les jeunes générations comprendront d’où ils viennent et où ils s’en vont.
 

Sur  le  pied  de  guerre
 

Quand Québec a annoncé qu’il allait de l’avant avec son projet de détournement de la rivière Rupert, Roy Dupuis avait la mine basse: la Fondation Rivières venait d’essuyer un échec. 
«D’une certaine façon, concède Roy DupuisMais la réalité, c’est que la rivière n’est pas encore détournée.» En d’autres mots, Fondation Rivières a perdu une bataille, mais pas la guerre. D'abord, Roy Dupuis dresse un constat positif sur les actions prises par la fondation dans ce dossier. «Ce qu’on fait n’est pas inutile. Les médias sont mieux informés», indique-t-il.
 

La  lutte  continue
 

Le fait que le lancement du projet ait été devancé témoigne aussi d’une certaine inquiétude, affirme Roy Dupuis
De plus, le projet devait coûter au départ quelque quatre milliards de dollars. Le gouvernement l’estime maintenant à cinq milliards. Mais selon la Fondation Rivières, il faut plutôt parler de six milliards de dollars. «À ce prix-là, ça revient plus cher que l’éolien. Même cet argument-là (que l’éolien est trop cher) ne tient plus», soutient Roy Dupuis.
 

La fondation estime également que la majorité des Cris sont défavorables au projet. Ils ont bien signé la Paix des Braves, mais le détournement de la rivière était noyé dans un immense dossier. «Présentement on est un peu à la remorque des Cris. Ça brasse chez eux. Le projet les a beaucoup divisés», dit Roy Dupuis, qui affirme que la fondation n’a pas dit son dernier mot...
 

Source:
Le Journal de Montréal
 



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Published by Michèle - dans Roy Dupuis et la Fondation Rivières