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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 13:54


18 - 24 mai 2006


2006-05-Roy-Rupert
«Hydro-Québec  s’apprête  à  détourner  la  rivière  Rupert,  une  des  dernières  grandes  rivières  vierges  du  monde  –  qu’on  devrait  d’ailleurs  plutôt  qualifier  de  "fleuve",  puisqu’elle  se  jette  dans  une  mer  (la  baie  James).»


Par Michel Vézina
 


«C’est un endroit magnifique, accessible à tous, pas seulement en avion ou en hélicoptère, mais en “char”
,
 s’exalte Roy DupuisIl faut réussir à préserver ça... C’est une richesse incroyable!»


Certains reprochent aux écologistes d’être contre le progrès économique, contre la richesse. On leur reproche même d’aborder l’écologie comme une nouvelle religion. Roy Dupuis serre les dents... «Ça ne peut pas être une religion, c’est basé sur des faits, pas sur une croyance.»
 

Le porte-parole, vice-président et cofondateur de 
Fondation Rivières raconte que, «au départ, on ne s’intéressait pas aux projets d’Hydro-Québec. On était concentrés sur l’aménagement des petites rivières par l’entreprise privée. C’est à partir du moment où on a vu la Rupert dans toute sa splendeur qu’on a décidé de mettre le pied dans le nid de guêpes qu’est ce dossier-là. On est allés rencontrer des chefs Cris, parce que ça fait 12.000 ans qu’ils habitent sur les rives de la Rupert. On leur a demandé s’ils étaient d’accord pour qu’on se manifeste contre le projet. Ils ont dit oui. On a alors appliqué le mandat de la fondation dans toute sa simplicité: avant de saccager une rivière, est-ce qu’on s’est demandé s’il y avait autre chose qu’on pouvait faire?»


Mais le mandat de Fondation Rivières est-il strictement lié à la question de l’énergie? La question de l’eau représente une problématique extrêmement vaste.


Jean-François Blain
(
JFB), consultant en matière d’énergie pour Fondation Rivières répond: «Nous nous intéressons à tous les enjeux liés aux rivières: les conflits d’usage, les contaminations agricoles et industrielles... Mais le défi principal auquel la fondation fait face au Québec, c’est l’exploitation hydro-électrique. C’est l’usage le plus compromettant, avec l’agriculture.»


Roy Dupuis
«Et si on en vient à être assez organisés pour s’occuper des problèmes agricoles, vous pouvez être sûr qu’on va s’en occuper! On s’attaque d’abord aux problèmes les plus urgents...»
 

Le plus urgent, selon la fondation, est donc lié aux problèmes d’énergie? Hydro-Québec dit par contre que le projet de la rivière Rupert est essentiel et viable...


Roy
«D’abord, il faut bien comprendre que nous ne sommes pas “contre” Hydro-Québec. Nous avons un préjugé favorable qui est clair et indéfectible en la propriété et la gestion publique des ressources. Pourquoi fait-on ça alors? On demande d’abord pourquoi produire plus d’électricité? Pour notre bien-être? D’accord. Utilisons alors les technologies disponibles pour promouvoir la diminution de la consommation plutôt que le développement de la consommation d’énergie. Faisons un meilleur usage de l’énergie que nous produisons.»
 

Les tenants du projet de la Rupert vous reprochent de ne pas proposer de solutions de rechange...


Roy
«On propose de nouvelles façons de bâtir! Et un des bons exemples, c’est le Cégep de Saint-Hyacinthe. Ils ont investi près de 900.000$ pour rendre leur bâtiment moins énergivore. En plus de créer de l’emploi, seulement l’année d’après, ils ont économisé 300.000$ sur leur facture d’énergie... soit 40% de leur facture précédente.

En trois ans, l’investissement va donc être couvert et, ensuite, ils auront 300.000$ par année de plus pour le bien-être de leurs étudiants... Cette énergie ainsi économisée, c’est 300.000$ de plus dans les bassins d’Hydro-Québec. Sur le marché extérieur, la Société d’État pourra faire 600.000$ en revendant cette électricité.

Des études montrent que l’économie d’énergie crée nettement plus d’emplois que la construction de barrages! On veut détourner la rivière Rupert pour produire 800 mégawatts alors qu’on pourrait décider de dépenser l’argent pour économiser 800 mégawatts, qu’on pourrait revendre au double du prix... La Rupert, ça va coûter au moins quatre milliards. Certains disent même peut-être six milliards... Avec un programme de restauration de bâtiments au Québec, c’est incroyable ce qu’on pourrait économiser.»


JFB
: «On est présentement assis sur le parc hydro-électrique le plus flexible du monde, en raison de ses réservoirs et de son réseau de transport. On est aussi le territoire géographique qui a le plus grand potentiel éolien inexploité du monde. Aucune entreprise sur la planète n’est aussi bien placée qu’Hydro-Québec pour faire le jumelage optimal entre l’éolien et l’hydraulique.»


Roy
«Les sociétés qui vont s’en sortir au XXIe siècle sont celles qui vont être en mesure de satisfaire leurs besoins primaires (alimentation, chauffage, habitation) avec le moins de ressources possible. Le véritable progrès, c’est ça. La partie de la richesse que tu ne gaspilles pas, tu peux la remettre en disponibilité pour payer la santé, l’éducation, le communautaire, la culture... Il faut donc libérer de l’énergie. Et on a les technologies pour le faire.»
 

Les écologistes parlent souvent du principe de précaution. Qu’en est-il exactement?


JFB
: «D’abord, il faut dire que le principe de précaution ne s’oppose absolument pas au développement; il pose la question de la finalité du développement proposé. Est-ce que c’est justifié, est-ce que c’est vraiment un besoin qu’on veut combler? Quelle est la meilleure option ou la meilleure combinaison d’options pour atteindre l’objectif? Si ce n’est pas le projet qui est sur la table, eh bien, c’en sera un autre! C’est ça, l’essence du principe de précaution...»


Roy
«Sauf que, trop souvent, la seule vraie raison qui justifie les projets, c’est le profit... Il ne faut pas se laisser piéger par les discours qui prétendent que les débats au Québec sont une opposition idéologique entre le développement économique et la protection de l’environnement. En fait, c’est un débat idéologique entre un modèle de développement économique qui est basé sur des intérêts particuliers et un désir d’appropriation des ressources qui inclut les considérations environnementales, sociales et économiques, compte tenu des urgences sociales et environnementales auxquelles nous faisons face au XXIe siècle. Il y a une nouvelle mode qui consiste à prétendre que les écologistes voudraient empêcher le développement. C’est faux. À partir du moment où les gens vont constater que l’économie d’énergie est rentable, que ça crée plus d’emplois que la construction de n’importe quel barrage, peut-être que les mentalités vont changer. On a été assez intelligents pour inventer l’éolien et la géothermie, il faudrait que ça serve».
 

Comment peut-on imaginer que l’économie d’énergie puisse être un projet économique rentable et viable?


JFB
: «Un kWh consommé au Québec en 2006 rapporte en moyenne 5,4 cents à Hydro Québec pour environ 1,2 cent de marge bénéficiaire sur les ventes au Québec. Ce qui veut dire 54 millions de dollars de revenus par térawattheure (TWh) (le Québec consomme autour de 180 TWh par année). Un TWh d’économie au Québec, ça veut dire une perte de revenus de 54 millions et une perte de bénéfice de 12 millions. Mais ce TWh gardé en stock derrière les barrages peut être revendu sur le marché privé et rapporter non plus 54 millions, mais bien 90 ou 100 millions de dollars, avec non plus une marge bénéficiaire de 12 millions, mais une marge de 40 à 50 millions de dollars par TWh. On attend quoi au juste? Cette joute économique est littéralement jetée dans l’ombre...»


Roy
«Le discours des gens qui sont au pouvoir et qui disent que les écologistes sont en train d’empêcher le développement est totalement dépassé. On dirait que ça arrange ceux qui sont au pouvoir... Ce sont les grosses compagnies qui tiennent les marchés et qui font tout pour que ça reste dans ce sens-là. On dirait que ça fait leur affaire de refuser le développement...»
 


Géothermie = économies


Le principe d’économie d’énergie le plus prometteur pour l’instant s’appelle la géothermie. Un principe somme toute assez simple. Il s’agit d’aller chercher de l’air dans le sol, soit dans un puits horizontal, soit dans un puits vertical, au moins à 30 mètres de profondeur. On transporte cet air toujours à environ 14 degrés par convection vers une thermopompe située en surface.
 

Roy Dupuis
 défend l’idée de la géothermie: «C’est carrément extraordinaire. Tu produis quatre unités de chaleur en moyenne pour une unité d’électricité, contrairement à un système de chauffage électrique ordinaire qui, lui, produit quatre unités de chaleur pour quatre unités d’énergie. Ça chauffe et, en plus, ça climatise! L’été, tu vas chercher de l’air frais dans le sol et, l’hiver, de l’air plus chaud... Imagine tous les bâtiments publics: les hôpitaux, les écoles, les édifices publics... C’est hallucinant à quel point on gaspille. Il est là le développement.»
 

Jean-François Blain, le consultant en matière d’énergie pour la Fondation Rivières va plus loin: «Avant de considérer la conversion d’un bâtiment à la géothermie, capable de subvenir aux besoins en chauffage ou en refroidissement des espaces pour environ 40% de toute la consommation électrique, il y a tout le potentiel du solaire qui est complètement inexploité: on aurait besoin d’une mise à jour du Code du bâtiment, aménagement et urbanisme, des normes d’orientation des bâtiments... Il y a de 15 à 20% des besoins énergétiques qui peuvent être évités sans même changer son enveloppe thermique, juste en orientant les fenêtres correctement sur les murs chauds et en ayant des fenêtres plus petites et plus résistantes sur les murs froids...


En construisant un garage adjacent à une maison sur le coin nord-ouest plutôt qu’ailleurs, on crée un effet tampon du côté des vents dominants les plus froids... Il faut déplacer une partie des besoins énergétiques en chauffage vers des avenues plus avantageuses, moins dommageables pour l’environnement.


Pour réaliser tout le potentiel d’économie d’énergie, il faut introduire des normes de captage solaire passif pour toute la construction résidentielle et commerciale, tous secteurs confondus. Il faudrait entreprendre un programme de conversion vers la géothermie. Mais pour que ça se réalise, il faut qu’un distributeur qui est en situation de monopole comme Hydro-Québec soit forcé de contribuer au financement initial nécessaire pour ces conversions-là. 
Sinon, 80% minimum des clients n’auront jamais le cash down pour réaliser l’investissement.»


Roy
: «Admettons qu’Hydro-Québec paye l’installation de ton système géothermique. Tu continues à payer la même facture électrique que l’année précédente tout en consommant de 30 à 40% de moins. Tu rembourses la contribution d’Hydro-Québec pendant que ta facture reste constante. Quand tu as fini de rembourser, tu profites à perpétuité de la réduction. Pendant qu’elle se rembourse intégralement, Hydro-Québec se retrouve avec un surplus d’énergie à revendre deux fois plus cher à l’étranger... Les 4 milliards (ou les 6, c’est selon…) prévus pour le barrage de la rivière Rupert pourraient peut-être servir de montant de départ à ce vaste programme...»



Source:
Journal Ici Montréal

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Published by Michèle - dans Roy Dupuis et la Fondation Rivières