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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 14:46


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Shake Hands with the Devil, un semi-fiasco?
 

Serrons-nous  la  pince!
 


D'accord... Mais avec réticence quand même.



Un sixième sens me disait que ce long-métrage ne me plairait pas. Et que ma ferveur pour Roy Dupuis n'y changerait rien. En cette soirée du 3 mars 2008, à Toronto, au 28ème Gala des Prix Génie, la confirmation: bien que parti grand favori, Shake Hands with the Devil ne récolte... que des miettes.



Le thème déjà me dérangeait: encore des horreurs, des guerres, des violences, des corps ensanglantés... Non merci. Radio, journaux et télévision me servent ce genre de plat à tous les repas et à toutes les sauces. Inutile d'en rajouter.



Petite lueur d'espoir: le film est entièrement porté par Roy. La presse canadienne est unanime: «La prestation de Roy Dupuis est carrément exceptionnelle.» (Marc-André Lussier - La Presse) Ce que je ne saurais mettre en doute.



«J’ai serré la main du diable (Shake Hands with the Devil) est sans doute le film qui contribuera à donner un nom à Roy Dupuis sur la scène internationale. Il ne se contente pas de jouer le rôle de Roméo Dallaire, il est Roméo Dallaire. Il habite complètement son personnage.» (Normand Provencher - Le Soleil)  Oui, beaucoup trop, et c'est bien là le problème! Mais bon, suivons le guide et emplissons nos poumons d'enthousiasme.



L'entrée en matière est engageante: la beauté paradisiaque sur fond de musique douce des paysages africains fait rêver. Entre les fabuleuses images de Out of Africa et les récents reportages de Yann Arthus-Bertrand (Vu du Ciel), laissons généreusement s'immiscer dans notre imaginaire ces premières prises de vue de J'ai serré la main du diable; personne ne contestera.



Le personnage principal suit: j'ai beau scruter le nouveau look de Roy, la démarche, le visage et les yeux du «lieutenant-général Roméo Dallaire», je ne le retrouve pas, quelque chose ne me convainc pas. Étrangement, sa vue ne m'éblouit pas, mon rythme cardiaque ne s'accélère pas, la magie habituelle n'opère pas. Suis-je sous l'emprise de mes préjugés de départ, ma passion s'essoufflerait-elle peu à peu, ou y a-t-il vraiment quelque chose qui ne cadre pas dans cette nouvelle peau?
 

La réponse se fait de plus en plus évidente: jamais, en 20 ans de carrière, «mon Roy» ne m'était apparu aussi «petit» à l'écran! Une parole à prendre, bien sûr, au sens purement physique du terme: petit en taille, en centimètres. Constamment entouré de malabars aux grands yeux noirs, aux physionomies inquiétantes et aux corps puissants, sa carrure de commandant des forces armées en prend un sérieux coup! Le contraste me choque. Un mythe s'écroule... Pour la première fois, Roy ne me donne pas l'impression de dominer, d'être maître à bord. Malgré ses efforts et son interprétation comme toujours irréprochable, on le sent prisonnier de son rôle: un rôle guindé, qui limite sa liberté d'expression, qui ne lui appartient pas. Sa voix et sa présence sont étouffées par la force et l'immensité du décor, par la masse de gens qui l'entoure. L'Afrique l'engloutit... Et lui bouffe son âme. Son souci de rendre honneur au vrai Roméo Dallaire est tel qu'il en oublie de rester unique, de rester cette bête de scène qui marque le spectateur au fer rouge.


Je lutte tenacement contre la sensation d'ennui qui m'envahit car, non, Roy ne peut me décevoir! Il ne peut que rebondir d'un coup et nous préparer une fin grandiose... Je cherche le Roy que je connais, celui qui me cloue à mon fauteuil du début jusqu'à la fin. Et je m'interroge sur ce qui ne va pas, sur ce qu'il manque à ce film pour éveiller ma curiosité.
 

Oui, il est beau dans cet uniforme, et les cheveux grisonnants lui vont à ravir. Le hic, c'est que toute cette lumineuse autorité, toute cette solennité, toute cette cérémonieuse rigidité et cette invariable dureté affichée ne lui sied pas trop... Souvent contraint de sortir de sa réserve, de hausser le ton, de discourir, de crier pour se faire entendre, il perd dans ce rôle énormément de son charme, de son mystère, de sa fine et discrète supériorité naturelle. Même son regard finit à la longue par verser dans la monotonie, faute d'un script lui permettant de se lâcher...
 

Non, le thème n'est pas le seul en cause. Je cherche la comparaison et je me souviens de Maurice Richard (2005), autre long métrage à succès fortement médiatisé dont la violence, au départ, me déplaisait au plus haut point. Allergique à toute forme de sport en général, je l'avais condamné d'avance et visionné une première fois non seulement avec peu d'intérêt, mais avec une certaine répugnance. Au deuxième tour cependant, les choses changèrent: Roy me séduisait et me conquérait peu à peu; je rentrais dans son jeu et finissais par comprendre tout ce qu'il pouvait ressentir, toute l'ampleur du courage et de la souffrance vécue par ce grand hockeyeur, célèbre au Canada, mais inconnu chez nous. J'étais tendue, prise par l'ambiance et par le fil du scénario. J'ai fini par adorer ce film. Roy était superbe, il en mettait plein la vue. Avec Shake Hands with the Devil on est, hélas, bien loin du compte...


À moins que l'étalage et l'amoncèlement de cadavres ne vous fasse fondre en larmes, à déplorer: l'absence totale d'émotion! Pas trace d'intrigue non plus. Aucun suspense, aucune romance, aucun personnage attachant ni histoire réellement attendrissante, aucun geste d'affection... si ce n'est le moment où notre général serre une petite chèvre dans ses bras... Rien qui tienne le spectateur en haleine, qui fasse battre son coeur... Sauf, bien sûr, pour ceux qui auraient suivi ou vécu les événements de près. De quoi alors leur retourner le couteau dans la plaie et leur faire revivre ce cauchemar pendant des semaines.

 


2007-SHWTD-RDE

 

«En bref, une réalisation honnête, ennuyeuse et sans éclat pour un Roy Dupuis qui y a trouvé un rôle et un sosie.»
 

(Juliette Ruer)


 


J'ai serré la main du diable un semi-fiasco? Certainement pas. Il est ce qu'il voulait être: un témoignage important, une excellente reconstitution du génocide rwandais, un récit autobiographique narrant la douloureuse expérience d'un grand homme temporairement remplacé par un très grand acteur. Un film qui plaira à ceux que le sujet intéresse mais qui, par manque de chaleur humaine, ne captivera sans doute pas grand monde.



Suis-je dans l'erreur? Rassurez-moi, dites-moi que je me trompe, que vous l'avez applaudi. Car, sachant combien ce tournage a été particulièrement marquant et éprouvant pour le comédien, cela me fend le coeur de porter un jugement aussi sévère sur cette gigantesque (et coûteuse!) production. C'est juste qu'on aime Roy autrement, qu'on attend autre chose de lui, qu'on le préfère plus «out of limits», plus osé, plus «nature sauvage», plus rebelle, voyou, ténébreux, subtil ou sensuel. Ou alors, franchement déluré. C'est qu'il est encore trop beau et trop sexy que pour nous servir du documentaire ou du politiquement engagé. C'est juste qu'on le préfère en Roméo... et Juliette, plutôt qu'en Roméo Dallaire.



«Roméo Dallaire s'est vraiment reconnu» (Maxime Demers pour Le Journal de Montréal) Oui, mais... nous les fans d'Ovila, d'Alexis, de Michael, n'avons pas reconnu «notre» Roy.



«Remarquable, inoubliable, époustouflant» peut-on lire dans la presse. Oui, Roy est tout cela dans quasiment tous les films et téléséries qu'il a tournés jusqu'ici. Sauf que... Dans cette incarnation du général Dallaire, quelque chose fait clairement défaut: son sceau, sa griffe, cette petite touche indéfinissable qu'il a toujours su donner à tout! Raison? Contrairement à celui-ci, tous les rôles qu'il a interprétés lui allaient comme un gant. Même dans les films les plus médiocres.



Roy a toujours su me faire rire, me faire pleurer, me faire trembler, m'électriser, me rassurer, me tenir sur des charbons ardents ou me donner la chair de poule. Sauf cette fois-ci. Ce n'est pas Roy que j'avais devant moi, mais un général racontant (brillamment, j'en conviens) l'histoire d'un général. Le mimétisme était probablement parfait (encore faut-il connaître le vrai Roméo Dallaire pour pouvoir en juger), mais cela ne correspond pas aux attentes d'une grande partie d'un public qui, tout comme moi, depuis des années «l'a dans la peau» et ira voir le film uniquement pour lui.
 

Entendons-nous bien, ce n'est pas sa performance que je mets en discussion, mais l'attitude impersonnelle derrière laquelle il est obligé de se barricader sans pouvoir y aller de sa propre inspiration, sans pouvoir donner libre cours à une foule d'autres sentiments plus virulents ou stimulants, à une gestualité bien à lui. C'est aussi, et surtout, cette impression de lire un livre plutôt que de vivre un film.



Maintenant, que ceci ne vous ôte pas l'envie d'aller le découvrir si un jour J'ai serré la main du diable devait sortir sur nos écrans. Roy Dupuis n'en reste toujours pas moins la seule vraie grande star du film et il vaut TOUJOURS le détour. Puisse-t-il recevoir des tonnes d'autres prix encore que ce Jutra du Meilleur acteur québécois de l'année qui vient de lui être décerné (9 mars 2008). Nous aurions plus de chances de voir enfin ses meilleurs films arriver sur le marché européen... plutôt que de devoir nous contenter de quelques comédies farfelues.



Sur un point je suis par contre entièrement d'accord avec les journalistes: «Une petite note en passant: si vous maîtrisez assez bien l'anglais, nous vous conseillons grandement d'aller voir le film dans sa version originale. Ce que nous avons entendu de la version doublée (québécoise) ne nous a guère convaincus.» (Marc-André Lussier - La Presse) Imaginez en France...



Ah, j'oubliais... Pour un film réellement émouvant et bouleversant sur le génocide rwandais, ne ratez pas le très, très bon Shooting Dogs.



Texte © Michèle Brunel
 


P.S. Trois ans ont passé depuis la rédaction de cet article. On constate que Shake Hands with the Devil n'est sorti en salle nulle part d'autre qu'au Canada. Signe que je n'avais peut-être pas tout à fait tort... et que le Jury des Génie ne s'était pas trompé en décernant une statuette à cette superbe musique du film que vous aurez, j'espère, pu savourer tout en lisant ces pages...

 
 
 

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Published by Michèle - dans Shake Hands with the Devil