7 février 1992
Première du film «Being at Home with Claude»
Ce long-métrage de fiction en couleur et en noir et blanc est réalisé par Jean Beaudin et produit par Louise Gendron et Doris Girard.
Parmi les interprètes, on retrouve Roy Dupuis, Jacques Godin et Gaston Lepage. La première de Being at Home with Claude se déroule dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois.
Un jeune prostitué montréalais se livre à la police après avoir tué son amant. L'inspecteur qui mène l'enquête tentera de découvrir ce qui a poussé l'homme à l'assassinat.
Dans le film, on déborde un peu du huis clos initial à deux personnages de la pièce de théâtre de René-Daniel Dubois, qui a ici été adaptée pour le grand écran.
Mars 1992
Par Élie Castiel
... Et loin d’y porter quelque jugement moral, le cinéaste l’assimile au vécu collectif, lui retirant ainsi sa marginalité. Hétérosexualité et homosexualité deviennent alors des variantes sexuelles, des composantes égales de l’équilibre social. Mais ceci ne semble être que le regard posé par l’auteur de l’œuvre théâtrale et par le cinéaste qui a délibérément choisi d’en tirer une version cinématographique. En plus de quelques flash-backs révélateurs sur la relation entre les deux amants, le film raconte en détails les derniers moments de la lutte verbale entre l’inspecteur et le jeune criminel. Après son crime et quelques jours d’errance à travers la ville, Yves (Roy Dupuis) se livre à la police.
Being at Home with Claude est un film qui doit se voir avec les yeux du cœur et l’ouverture de l’esprit. C’est une œuvre profondément humaine sur la réhabilitation de l’être et le portrait d’un jeune marginal qui commence à saisir le sens d’un sentiment jamais éprouvé. Dans cette révélation réside sans doute son pardon.
Lorsqu’Yves déclare à l’inspecteur les raisons qui l’ont poussé jusqu’au crime, la vérité éclate dans un discours amoureux. La durée de l’hésitation, l’ambivalence des sentiments, l’excitation des sexes et le plaisir charnel sont exprimés devant un enquêteur rendu presque impuissant à l’écoute d’une confession d’une franchise inattendue. C’est ce qui fait la force du texte de Dubois et de l’adaptation de Jean Baudin.
Mais tout cela est rendu possible grâce aussi à la remarquable prestation de Roy Dupuis dont l’intensité dramatique relève de la pure performance. Il confirme, dans Being at Home with Claude, qu’il est l’un des comédiens québécois les plus prometteurs de sa génération. Jean-François Pichette affiche une élégance et un raffinement dans son jeu. Le rôle que remplit Jacques Godin lui permet d’ajouter une variante saisissante à son registre déjà imposant.
Qu’a-t-il gardé, Jean Baudin, de la théâtralité de l’œuvre? Pour éviter la pièce filmée, la caméra de Thomas Vamos se meut selon le rythme des personnages. Les mouvements sont brusques, nerveux, parfois imprécis, gauches. Le gros plan sur le visage d’Yves exprime la sensation et la contre-plongée sur un corps immuable ou en déplacement le rend plus vulnérable ou aguerri. Tout en restant fidèle à l’œuvre de René-Daniel Dubois, le réalisateur réussit à transformer la théâtralité en lui conférant des composantes stylistiques et à créer une mobilité qui la place dans un rituel cinématographique d’une rare précision.
Et c’est aussi dans le texte que l’on retrouve la force de l’œuvre, un dialogue dont l’hyperréalisme n’est en fin de compte que la représentation d’une réalité sociale.
Being at Home with Claude renouvelle à la fois la thématique et le style de Jean Baudin et le place parmi les plus importants cinéastes québécois.
Article magazine Séquences